Portrait d'un patricien
©Alban Gilbert
Portrait d'un patricien
©Alban Gilbert
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Portrait d’un patricien

École florentine

Ce petit portrait intrigue tous ceux qui visitent le Musée des Beaux-Arts d’Agen. Preuve de son intérêt, l’œuvre est référencée dans la prestigieuse photothèque de la Fondation Zeri (Université de Bologne) et était connue du célèbre historien de l’art Roberto Longhi (1890-1970), ainsi qu’un autre portrait d’homme (inv. 43 P) exposé dans la même salle. Cependant, l’absence de précision concernant la provenance du tableau rend son analyse ardue.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste École florentine
Titre Portrait d’un patricien
Date Milieu du XVe siècle
Domaine Peinture
Technique Huile sur bois
Dimensions H. 0.22 m - L. 0.17 m -
Numéro d'inventaire 150 P
Sujet / Thème Patricien, portrait, Italie

Un petit portrait privé

Le portrait représente un adolescent dépeint jusqu’à la partie supérieure du buste. Ses épaules sont de face mais son visage est tourné de trois-quarts vers la gauche. Il porte un vêtement rouge et une longue coiffe noire, vêtements qui sont la marque des bourgeois de la Renaissance. Le fond est habillé d’un rideau vert damasquiné d’or qui confère préciosité et richesse au portrait. Le jeune homme a les cheveux blonds, un nez plutôt long et une petite bouche. Malgré une physionomie assez caractérisée, le modèle demeure anonyme. Néanmoins, il est certain que le garçon appartenait à une riche famille car, si la pratique du portrait se démocratise à l’aube de la Renaissance, ce sont d’abord les classes fortunées qui peuvent se permettre de passer commande à des artistes. La petitesse de l’effigie est caratéristique d’une pratique sociale privée. En effet, les plus anciens portraits étaient conservés dans une armoire ou accompagnaient parfois des revers des volets de dyptiques religieux domestiques. Au dos de la table de bois se trouvent un sceau en cire, un monogramme et la mention « MVSEVM PICCOLOMINI ». Cette annotation fait peut-être référence à Enea Silvio Piccolomini (1405-1465), élu Pape en 1458 sous le nom de Pie II. Il fit construire plusieurs palais qui portent son nom, dont l’un à Sienne abrite ajourd’hui le musée des archives de la ville. Le terme de « MVSEVM » pourrait faire référence à la collection personnelle d’œuvres d’art du Pape ou d’un membre de sa famille. Si c’était le cas, le jeune homme représenté peut vraisemblablement également appartenir à cette famille.

L’art du portrait au XVe siècle

Plusieurs propositions ont été faites quant à l’attribution de ce portrait à un artiste. Roberto Longhi a suggéré le nom de Gentile da Fabriano (1370-1427), peintre représentant du style gothique international ayant travaillé essentiellement en Toscane. Cette attribution obligerait à dater le portrait très tôt au début du XVe siècle. Fritz Heinemann a rapproché l’œuvre du peintre Bonifacio Bembo, actif entre 1447 à 1477 en Lombardie. L’emploi de l’huile et la position de trois-quarts du jeune patricien démontre déjà une première assimilation du modèle flamand. En effet, l’art du portrait renaît dans le Nord grâce à Jan van Eyck (vers 1390-1444) qui perfectionne la peinture à l’huile, innove en délaissant la position de profil et tente de pénétrer la psychologie de son modèle. L’exemple le plus fameux est sans conteste celui de L’homme au turban rouge (Londres, National Gallery, inv. 222) qu’il peint en 1433. Au même moment en Italie, les puissants sont représentés strictement de profil dans la lignée des portraits d’empereur sur les monnaies romaines. A la cour de Ferrare, Pisanello (vers 1395-vers 1445) peint ses modèles de profil sur des fonds très plats encore attachés au style gothique international. Il pratique également l’art de la médaille, héritier direct des monnaies antiques. De même, avec le portrait de Sigismond Malatesta vers 1450 (musée du Louvre, inv. RF 1978-1), Piero della Francesca (1412/20-1492) demeure fidèle à la tradition de Pisanello mais commence à s’ouvrir aux innovations flamandes en mêlant huile et œuf et en donnant plus de relief au visage. Il faut attendre les années 1470 pour qu’Antonello da Messina (1430-1479), en séjour à Venise, diffuse réellement le portrait flamand en Italie. Le portrait d’Agen s’attache moins à représenter la psychologie du personnage que son rang social. Néanmoins, il est indéniable que son peintre avait connaissance de la leçon flamande.

Provenance

Collection de M. Georges de Monbrison, château de Saint-Roch (Tarn-et-Garonne), 1884 ; don Monbrison au musée des Beaux-Arts, Agen, 1884

Elodie Russu

Localisation

1er étage

Dernière mise à jour : 30 nov. 2022

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