Flash info

Claude Joly, évêque d’Agen
©Alban Gilbert
Claude Joly, évêque d’Agen
©Alban Gilbert
3551

Claude Joly, évêque d’Agen

Robert Nanteuil (Reims vers 1623-Paris 1678)

Le portrait gravé de Claude Joly (1610-1678) est une œuvre remarquable à plusieurs titres. Il a été exécuté par Robert Nanteuil (1623-1678), un des plus grands portraitistes du Grand Siècle et éminent graveur. En outre, l’artiste n’a portraituré que les personnages les plus importants de la société de l’époque, ce qui en dit long sur la célébrité de l’évêque d’Agen au XVIIe siècle.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste Robert Nanteuil (Reims vers 1623-Paris 1678)
Titre Claude Joly, évêque d’Agen
Date 1673
Domaine Arts graphiques
Technique Gravure au burin
Dimensions H. 0.4 m - L. 0.32 m -
Numéro d'inventaire 2008.1.1
Sujet / Thème Claude Joly, portrait, évêque

Une effigie prestigieuse

Le modèle est représenté en buste au milieu d’un médaillon orné de ses armoiries. Le commentaire en latin sur le pourtour célèbre : « Claude Joly, Lorrain, évêque et comte d’Agen, du conseil religieux du Roi, âgé de 63 ans en 1673 ». L’ecclésiastique se tient de trois-quarts et regarde droit devant lui. Des cheveux bouclés dépassent de sa calotte sur son front et ses tempes. Son visage est traité avec beaucoup de vérité, des rides marquent les coins des yeux, son front et le sillon nasogénien. La sobriété qui s’en dégage confère une autorité certaine au prélat. Admirateur de saint Charles Borromée, le ministère de l’évêque, nommé en 1665, fut marqué par sa volonté de réformer son diocèse d’après les préceptes tridentins. Claude Joly était célèbre en son temps pour ses écrits religieux. Son épitaphe fut composé par le poète agenais François Cortète de Prades (1586-1667) :

« Cy gist couvert de cette pierre

Ce grand prélat Claude Joly,

Que ses vertus ont annobli,

Comme le rang qu’il tint sur terre.

Son cœur était au ciel, vivant dans ce lieu bas

Le zèle de saint Paul il eut mesme au trespas.

Ce que voyant les saints nous portèrent envie

Que nous eussions sur terre ce vase d’élection.

Si d’un commun aveu firent résolution

D’accompagner au ciel une si belle vie. »

De part et d’autre des armoiries, l’artiste signe son œuvre en latin et précise qu’il a gravé le portrait à partir d’un dessin qu’il a lui-même effectué ad vivum, c’est-à-dire d’après nature.

Une technique maîtrisée

Le portrait de Claude Joly est une gravure au burin, terme qui désigne à la fois un outil tranchant – à l’origine attribut des orfèvres – ainsi qu’une des techniques de gravure en creux sur métal, dite taille-douce. Jusqu’au XIXe siècle, les artistes utilisent notamment des plaques de cuivre dont ils attaquent directement la surface avec l’outil. Le maniement du burin est assez difficile et nécessite une bonne maîtrise de la pression exercée afin de varier la largeur et la profondeur des tailles. Les tailles, ou sillons, sont remplies par l’encre qui imprègne le papier lorsque la plaque de cuivre est passée sous une presse. La gravure est une technique reproductible par essence : une plaque peut être utilisée à de nombreuses reprises, encrée et passée sous une presse plusieurs fois, mais finit inexorablement par s’altérer. Ainsi, plusieurs exemplaires du portrait de Claude Joly sont conservés dans d’autres institutions : le Metropolitan Museum of Art de New York (2000.416.72), la National Gallery de Washington (1943.3.6489), le musée et le domaine national de Versailles (LP44.78.1) et le musée Condé de Chantilly (RN139 et RN139A). Il existe deux états de ce portrait, c’est-à-dire deux versions de la même œuvre qui comportent des variantes. Le musée d’Agen conserve le premier état, au second état le terme LOTHARINGVS est remplacé par DEI GRATIA. Parmi les techniques de la taille-douce, la gravure au burin est certainement la plus ardue mais produit des effets saisissants lorsqu’elle est maîtrisée. La qualité et la finesse des traits du portrait de Claude Joly montrent le talent de l’artiste, Robert Nanteuil.

Une figure prépondérente de la gravure française au XVIIe siècle

Destiné par ses parents à une carrière juridique, Robert Nanteuil commença à dessiner et à graver assez tardivement, d’abord en autodidacte. Il fut ensuite formé au maniement du burin dans l’atelier rémois du graveur Nicolas Regnesson (1620-1670). Le peu de perspective de carrière qui existait à Reims poussa Nanteuil à s’installer à Paris vers 1646-1647. Il y rencontra le grand portraitiste Philippe de Champaigne (1602-1674) qui infléchit sa manière vers une grande sobriété et une simplicité classique. Il travailla essentiellement pour l’édition et fit de nombreux portraits d’écrivains destinés à l’illustration du livre. Il s’investit dans la défense du métier de graveur en taille-douce, menacée par des mesures restrictives et des taxes, et joua un rôle majeur dans la promulgation de l’édit de Saint-Jean-de-Luz, qui reconnut pleinement en 1660 la liberté de la profession de graveur. Devenu en 1658 dessinateur et graveur ordinaire du roi, il fut très apprécié de Louis XIV qui lui remit plusieurs titres et privilèges en récompense de ses talents de portraitiste. Son œuvre compte plus de deux cents portraits gravés qui montrent son aptitude à rendre les physionomies de manière vraisemblable. Ses effigies sont stéréotypées et représentent toujours le modèle de trois-quarts coupé sous les épaules dans un médaillon ovale. Sa maîtrise technique lui valut de travailler pour les personnages les plus éminents de la société de son temps, tel l’évêque d’Agen. Outre leurs qualités artistiques, ses portraits ont une valeur historique remarquable et constituent une source visuelle importante pour le XVIIe siècle. S’il est principalement connu pour la gravure, l’œuvre de Robert Nanteuil est également riche de nombreux dessins au pastel qui servaient notamment de modèles à ses gravures. En effet, de très beaux portraits de Louis XIV sur le vif sont conservés, tel celui de la Bibliothèque nationale de France (1666, Département des Estampes et de la Photographie, inv. RESERVE B-11 (A)-FT4). Nanteuil a certainement fait le portrait de Claude Joly au pastel, aujourd’hui perdu, avant de s’en servir de modèle pour la gravure. L’église Saint-Nicolas-des-Champs (Paris, 3e arrondissement), dont il fut le curé, conserve un tableau représentant l’évêque agenais d’après le dessin de Nanteuil. Or, la peinture est dans le sens inverse, ce qui signifie qu’elle reprendrait le pastel et non l’estampe. Effectivement, lorsque la plaque est pressée sur le papier, l’image apparaît toujours dans le sens contraire de son modèle. Dans son atelier parisien, Nanteuil collabora avec beaucoup de Flamands, comme Gérard Edelinck (1640-1707), son neveu par alliance et autre grande figure de la gravure en France au XVIIe siècle.

Provenance

Collection de Michel Wiedemann, Bordeaux, 2007 ; achat du musée des Beaux-Arts, Agen, 2008.

[Œuvre signée et datée : Nanteuil ad viuum ping. et sculpebat 1673 / Inscription : CLAVDIVS IOLY LOTHARINGVS EPISCOPVS ET COM. AGENNENSIS REGI A SANS. CON ÆT. SUÆ. 63 1673]

 

Elodie Russu

Dernière mise à jour : 29 oct. 2020

Mes notes

Ajouter