Crosseron avec la Vierge à l’Enfant et le Christ en majesté
©Materia Viva
Crosseron avec la Vierge à l’Enfant et le Christ en majesté
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Crosseron avec la Vierge à l’Enfant et le Christ en majesté

ANONYME

La démolition des ruines de la cathédrale Saint-Etienne d’Agen, achevée en 1837 pour laisser la place à un marché au blé, s’est accompagnée de la sauvegarde de certains éléments architecturaux de l’édifice, recueillis notamment par l’érudit Jean Florimond Boudon de Saint-Amans (1748-1831), et de la découverte dans le tombeau d’un évêque d’un crosseron en cuivre doré et émaillé. Cette rare pièce d’orfèvrerie, déposée par la Société Académique au musée, figure dans le premier catalogue de ce dernier, paru en 1880, et constitue alors le seul objet d’art médiéval. La forme archétypale et le recours à la technique de l’émail champlevé, alors très en vogue, confèrent au crosseron une place de choix dans les productions limousines du deuxième quart du XIIIe siècle.

Crosseron avec la Vierge à l’Enfant et le Christ en majesté
illustration 1 Crosseron avec la Vierge à l’Enfant et le Christ en majesté, Materia Viva

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste ANONYME
Titre Crosseron avec la Vierge à l’Enfant et le Christ en majesté
Date Vers 1230-1250
Domaine Objets d'art
Technique Cuivre embouti, gravé, ciselé et doré, émaux sur cuivre champlevé
Dimensions L. 0.15 m -
Numéro d'inventaire LA 582 bis
Sujet / Thème Religion, Christ, Vierge, serpent, émail

Une œuvre caractéristique de la production limousine

Dérivée du bâton pastoral et apparue dans les textes au VIIe siècle, la crosse constitue une pièce indispensable à la célébration de la liturgie et devient l’attribut du pouvoir des évêques, puis des abbés et des abbesses. Elle est formée d’un crosseron en matériau précieux, dont la forme en volute se définit en Occident au XIIe siècle, arrimée à une hampe en bois, généralement garnie de textile, qui a le plus souvent disparu. La conservation de la partie supérieure s’explique par la coutume d’inhumation du prélat avec ses insignes, mis à jour à l’occasion de fouilles ou de découvertes fortuites. Rivalisant avec les productions en ivoire, les crosserons en cuivre se parent d’un décor émaillé dès le début du XIIe siècle à Limoges. Les ateliers de production de cette ville s’en font rapidement une spécialité. Le crosseron retrouvé dans les ruines de la cathédrale d’Agen « se rattache, par sa volute serpentiforme, aux nombreuses crosses « au serpent » (ou « au dragon ») qui évoquent la mission de l’évêque : lutter contre le Mal et mener ses ouailles au salut. La volute et la douille flanquée de trois serpents – décor fréquent des crosses limousines- sont recouvertes d’un réseau réticulé d’émail bleu évoquant la peau d’un serpent. Elles sont reliées par un nœud côtelé, surmonté d’une collerette de feuilles stylisées. La volute abrite, rivetées sur des mandorles polylobées au décor de rosettes et d’étoiles en réserve sur fond guilloché, les majestés antithétiques du Christ bénissant et de la Vierge à l’Enfant » (Christine Descatoire in Agen médiéval, p.39, 2018). L’illusion du traitement des écailles de la peau de serpent, fréquente dans ce type de production (exemplaire avec un saint Michel terrassant le dragon, vers 1220-1230, passé en vente publique le 26 juin 2019 chez Drouot, Paris), est rendue par la technique de l’émail champlevé, décrite dans le Traité des divers arts (Schedula diversarum artium) du moine Théophile au début du XIIe siècle. Les commandes de l’abbé Boniface de Conques (1107-après 1119) de coffres décorés de médaillons à décor en émaux champlevés précèdent l’engouement de cette technique chez les artistes limousins et les commanditaires. Cette opération consiste à creuser des alvéoles, ou champs (d’où le terme « champlevé »), dans une plaque métallique, le plus souvent du cuivre, et de les remplir d’émail (poudre de verre colorée par des oxydes métalliques). Le recours à cette technique pour simuler le réseau réticulé est particulièrement bien choisi et souligne les recherches illusionnistes par les effets chromatiques menées par les émailleurs.

L’étude comparative au service d’une meilleure datation

L’œuvre renvoie à l’ensemble des vingt-neuf crosses comportant cette iconographie, recensé par Le Corpus des émaux méridionaux et elle s’intègre, plus précisément, dans la série dotée de mandorles à huit lobes, décorées de motifs réservés (comme l’exemplaire de la cathédrale d’Angoulême conservé de nos jours au musée d’Angoulême, inv. D910.1.180) ou de rinceaux gravés (tel le crosseron du Musée historique de Bâle, inv. 1870.330). L’exemplaire agenais se caractérise par le nœud côtelé, motif très rarement employé pour les crosses et visible sur un seul autre crosseron, celui de l’église Saint-Pierre de Tourtenay (Deux-Sèvres). Cette singularité souligne l’influence des reliquaires quadrilobés de saint François d’Assise, réalisés après 1228. Christine Descatoire, conservatrice en chef du musée de Cluny, à Paris, rattache les motifs réservés sur fond guilloché au groupe d’objets « à fonds étoilés », exécutés entre 1225 et 1250, tandis que le style gothique des figures rappelle l’art développé à partir de 1230. La datation du crosseron d’Agen est donc comprise entre 1230 et 1250.

Un propriétaire difficile à identifier

Le contexte précis de la découverte de l’objet demeure malheureusement inconnu. Le crosseron a été exécuté avant les grands travaux de reconstruction de la cathédrale Saint-Etienne, commandités par Bertrand II de Got, évêque d’Agen (1292-1313). L’identité de son propriétaire peut être recherchée parmi les évêques titulaires durant cette période, tels Arnaud de Galard évêque d’Agen (1235-1245), Pierre II de Reims (1248), ou encore Guillaume II, patriarche de Jérusalem (1248-1263). Cependant, il n’était pas rare pour un évêque de posséder une crosse dont la fabrication remontait à plusieurs décennies.

Provenance

Découvert dans un tombeau d’évêque lors de la démolition des ruines de la cathédrale Saint-Etienne, vers 1836-1837 ; Société des Sciences, Lettres et Arts, 1837( ?)-1876 ; déposé par la Société des Sciences, Lettres et Arts au musée des Beaux-Arts, Agen, 1876 ; exposé dès 1880, date de l’ouverture au public.

Expositions

  • Agen médiéval, de la cité des martyrs à la république communale, Espace-église des Jacobins, Agen, 7 juillet-18 novembre 2018, n° 22a
  • Art sacré en agenais, musée des Beaux-Arts, Agen, 1959, n° 59
  • L’Exposition Rétrospective de l'Art Français des origines à 1800, Exposition Universelle de 1900, Paris, 1900, n° 2568

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Localisation

Rez-de-chaussée

Dernière mise à jour : 18 janv. 2021

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