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Dague à la Danse macabre dite de type « Holbein »
Didier Veysset
Dague à la Danse macabre dite de type « Holbein »
Didier Veysset
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Dague à la Danse macabre dite de type « Holbein »

Suisse alémanique

Cette dague suisse du milieu du XVIe siècle fait partie de l’équipement du cavalier chasseur : elle est intégrée au rituel des chasses nobles mais sert aussi au repas qui suit le moment cynégétique, grâce au couteau et à la pique associés à la lame principale. Le fourreau en bronze doré estampé, ciselé et ajouré est orné d’une Danse macabre inspirée d’un dessin du peintre Hans Holbein le Jeune (1497-1543).

Dague à la Danse macabre dite de type « Holbein »
illustration 1 Dague à la Danse macabre dite de type « Holbein », Didier Veysset

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste Suisse alémanique
Titre Dague à la Danse macabre dite de type « Holbein »
Date Vers 1530-1550
Domaine Objets d'art
Technique Bois, ivoire, acier, bronze
Dimensions H. 0.9 m - L. 0.43 m -
Numéro d'inventaire 81 CH
Sujet / Thème Dague, Danse macabre, Squelette, Mort, Empereur, Reine, Soldat, Bourgeoise, Moine, Enfant, Rinceau

Une dague suisse

La dague est une arme de main et se singularise par sa lame de 20 à 40 cm, simple ou à double tranchant. Elle peut servir d’arme de défense, comme une épée courte, d’outil de chasse ou d’élément décoratif du costume civil de la noblesse. Son usage se propage à la fin du Moyen Âge. Les hommes la portent généralement à la ceinture, tandis que les femmes la dissimulent dans leur vêtement. Le type de la dague du musée d’Agen, utilisé habituellement en Suisse alémanique, est désigné dès le début du XVIe siècle par le terme Schweizerdolch. Il se caractérise par un profil de la garde au pommeau allongé aux courts quillons. Le type « Holbein » ne se réfère qu’aux fourreaux qui reprennent les dessins de Hans Holbein le Jeune. Le décor très raffiné de celui d’Agen suggère que la dague a appartenu à un personnage fortuné. L’arme a donc une double fonction utilitaire et ostentatoire, faite pour l’apparat. Le fourreau est réalisé en bronze doré, alliage combinant le cuivre, l’étain et le zinc. Pour fondre le bronze, l’artisan utilise généralement le procédé dit de la cire perdue. Cette technique consiste à exécuter, à partir d’un modèle, une maquette grandeur nature en cire, puis à placer dessus des jets et des évents, de petits tuyaux en cire. L’ensemble est enfermé dans un moule en terre réfractaire puis chauffé. La cire fond et s’écoule par les évents, laissant un vide à l’intérieur. Par les jets, on verse le métal en fusion qui prend la place du modèle en cire. Après refroidissement, on casse le moule pour libérer la pièce en métal. Il faut ensuite couper à ras les tuyaux des jets et des évents, opération appelée l’ébarbage. La pièce en bronze est ensuite travaillée, comme ici avec différentes techniques d’orfèvrerie, afin de reprendre les détails du décor.

Le thème de la Danse macabre

Le thème de la Danse macabre apparaît au Moyen Âge dans un contexte troublé par la guerre et les épidémies. Il s’agit d’une procession de personnages associant des couples, un vivant et un mort, et qui concernent toute les classes sociales, du clergé au monde laïque. Les morts prennent souvent la forme de squelettes ou de corps décharnés et mènent, dans une chaîne humaine endiablée, le vivant vers son trépas. La plus ancienne représentation peinte d’une Danse macabre se trouve en Suisse et date du XIVe siècle. En France, la plus célèbre fut peinte dans le charnier des Innocents à Paris en 1424 (disaparue). En revanche, il est encore possible d’observer la fresque funèbre qui orne l’intérieur de l’abbaye de La Chaise-Dieu (Haute-Loire, XVe siècle). Sur le fourreau d’Agen, des cadavres ricanant viennent surprendre leurs victimes en les parodiant dans une composition expressive et dynamique, à l’humour ambigu, où le « mort saisit le vif ». Le cadavre qui conduit l’empereur est coiffé d’une tiare et foule aux pieds l’orbe impérial, symbole de pouvoir. Celui qui attire la reine luxueusement vêtue porte une élégante écharpe et imite son attitude distinguée. Le squelette qui enlève le chevalier en armure joue du tambour et de la trompette (ou du cornet), tandis que la bourgeoise est saisie par un squelette chapeauté et bijouté. Vers la bouterolle, à l’extrémité, un moine et un petit enfant nu et innocent sont emportés dans une danse frénétique. Toutes les couches de la société sont représentées (hormis les pauvres) afin d’affirmer l’égalité devant la mort : nul n’y échappe, religieux ou laïque, riche ou pauvre. La danse macabre met également en garde contre la brièveté de la vie et incite les vivants à profiter des instants éphémères de la joie et du bonheur de la danse.

Un modèle dessiné par Hans Holbein le Jeune

Le décor du fourreau s’inspire des gravures sur bois de Hans Holbein le Jeune, en particulier d’un modèle dessiné vers 1523 et conservé à Bâle (Kunstmuseum, Kupferstichkabinett, inv. U.IX.62). Holbein, célèbre portraitiste en Allemagne, son pays d‘origine, ainsi qu’en Suisse et surtout en Angleterre, est également connu pour ses décors de façades de maisons et pour les nombreux modèles donnés à des artisans. Le fameux portrait qu’il peint des Ambassadeurs (Londres, National Gallery, inv. NG1314) illustre le caractère démonstratif de la dague portée par Jean de Dinteville. Holbein est aussi l’auteur d’une série de dessins sur le thème de la Danse macabre, publiés pour la première fois à Lyon dans les Simulachres de la Mort et Historiées faces de la Mort (1538). Le fourreau agenais montre le soin de l’artiste à exploiter toute la surface de l’objet avec une certaine « horreur du vide ». La scène est extrêmement mouvementée et les personnages très expressifs, contrairement au hiératisme des figures de la fresque de l’abbaye de La Chaise-Dieu. Il existe plusieurs dagues comparables à celle d’Agen dans les collections françaises. Le musée des Beaux-Arts de Dijon conserve une arme de type suisse (inv. CA T 1538-1 et CA T-2), dont le fourreau représente une scène de l’histoire de Guillaume Tell. Quant au type de fourreau dit « Holbein », on en retrouve un exemplaire au musée de l’Armée à Paris (inv. 785). En 2011, une dague issue de la collection Richard Zschille est passée en vente avec son fourreau du type « Holbein » datant du XIXe siècle. Le musée d’art et d’histoire de Genève conserve également une dague suisse et un fourreau « Holbein » (inv. 112) qui ne formaient pas un ensemble à l’origine mais qui furent associés au cours du XXe siècle.

Provenance

Collection du comte Damaze de Chaudordy, Agen (Grande Galerie, hôtel Chaudordy) ; legs du comte de Chaudordy au musée des Beaux-Arts, Agen, 1899 ; entrée au musée des Beaux-Arts, Agen, 1900

Elodie Russu

Localisation

1er étage

Dernière mise à jour : 04 déc. 2020

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