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Figurine en porcelaine, Mois de Mars
Alban Gilbert
Figurine en porcelaine, Mois de Mars
Alban Gilbert
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Figurine en porcelaine, Mois de Mars

Fabrique du Buen Retiro

Dans l’iconographie, le mois de Mars est associé au signe zodiacal des Poissons. Cette statuette en porcelaine tendre provient des ateliers de la fabrique royale du Buen Retiro à Madrid. Sa création correspond au goût grandissant des Européens pour la porcelaine chinoise ainsi qu’à leur désir de maîtriser cette technique particulière. L’œuvre, produite dans un but décoratif, est un exemple rare de porcelaine issue de la manufacture espagnole dans les collections muséales françaises.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste Fabrique du Buen Retiro
Titre Figurine en porcelaine, Mois de Mars
Date Vers 1770-1785
Domaine Non renseignée
Technique Porcelaine tendre
Dimensions H. 0.18 m - L. 0.11 m -
Numéro d'inventaire 287 CH
Sujet / Thème Porcelaine, Mars, Poissons, Figurine, Zodiaque

La fabrique du Buen Retiro, concurrente de Sèvres

La fabrique du Buen Retiro fut fondée en 1760 par le roi Charles III d’Espagne, peu de temps après son retour de Naples pour succéder à son frère Ferdinand VI. La création de la fabrique royale visait les mêmes objectifs que ceux de la manufacture de Sèvres : apporter du prestige à la Couronne et limiter l’importation de produits de luxe étrangers. Lorsqu’il était encore roi des Deux-Siciles, Charles III avait fondé une manufacture de porcelaine à Capodimonte en 1743. Avant son départ pour l’Espagne, il ordonna le transfert à Madrid de la majorité des artisans et de la pâte de porcelaine déjà préparée. Au Buen Retiro, on fabriqua de la porcelaine tendre jusqu’en 1803 puis de la porcelaine dure jusqu’en 1808, date à laquelle l’activité de la manufacture fut paralysée par l’installation dans ses locaux des troupes napoléoniennes. Les dix premières années (1760-1771), l’atelier de sculpture fut dirigé par Giuseppe Gricci. C’est sous son mandat que furent produites les pièces les plus ambitieuses du Buen Retiro : les cabinets de porcelaine des palais royaux d’Aranjuez (1760-1765) et de Madrid (1766-1771). Basilio Fumo prit sa suite pendant plus de vingt ans (1772-1797) à la tête de l’atelier de sculpture.

La quête de l’or blanc

La porcelaine orientale fascina les Européens qui tentèrent de reproduire la beauté et la qualité de cette technique, laquelle s’obtenait en Orient grâce à des gisements de kaolin, matériau essentiel à sa conception. C’est d’abord à Meissen, en 1709, que le secret bien gardé de la formule de la porcelaine dure fut percé grâce à la decouverte en Saxe de gisements de kaolin. A défaut, les fabriques européennes produisaient ce que l’on appelle de la porcelaine tendre qui néanmoins n’atteignait pas la résistance, la transparence ni la perfection de son modèle. En France, il fallut attendre 1767 pour que fût découvert dans le Limousin un gisement de la précieuse argile blanche. La figurine conservée à Agen est exécutée en porcelaine tendre, issue d’un mélange de fritte – cuite au préalable et riche en silice et potassium – et d’une argile blanchâtre à laquelle on incorpore de la chaux. Cette pâte ne peut pas tolérer une température du four supérieure à 1100°C, l’empêchant d’acquérir la durée et la resistance nécessaires afin que la vaisselle supporte les brusques variations de température des aliments. La pièce a ensuite été peinte mais une grande partie de la polychromie a disparu. Ce type de statuettes était produit en série à des fins décoratives.

L’allégorie du mois de Mars

Le mois de Mars est incarné par la figure d’un homme au corps athlétique. Il est en pied sur un socle carré, à demi-nu, en contrapposto et s’appuie sur un cartouche orné du signe zodiacal des Poissons. Le Victoria and Albert Museum (Londres) conserve une figurine très similaire, datée vers 1780 (inv. C. 120-1930), portant sous sa base les initiales incisées « G. F. » qui correspondraient à Gaetano Fumo. Ce sculpteur travailla dès 1745 à Capodimonte puis à Madrid. La pose de l’homme est identique mais la figurine est légèrement plus grande et les couleurs diffèrent. Le musée municipal de Madrid conserve une pièce comparable (inv. 3594) datée de 1771-1784. Elle porte des initiales que Balbina Martínez Caviró identifie comme « C. B. » et qui correspondraient à Carlos Frate. Il existe également d’autres allégories comme celle du mois de Novembre au Metropolitan Museum of Art (inv. 06.382a) datée vers 1765. Les Poissons d’Agen comportent deux marques sous leur base : la fleur de lys de la manufacture du Buen Retiro peinte en bleu (utilisée de 1760 à 1803) et un cercle incisé barré en son centre. Une Balance conservée au musée archéologique de Madrid (inv. 62957) et un Sagittaire (collection Rasdom) datés de 1771-1784, comportent les mêmes marques que notre statuette. Les tailles des trois pièces sont à peu près similaires, ce qui permet de penser que le signe des Poissons pourrait faire partie de la même série, ou en tout cas être l’œuvre du même sculpteur. En effet, les deux autres allégories tiennent des cornes d’abondance et sont laurées, ce qui n’est pas le cas de notre pièce. La signification du cercle incisé, sans doute la signature de l’artiste modeleur, reste encore à identifier.

Provenance

Collection du comte Damaze de Chaudordy, Agen (Salon, hôtel Chaudordy) ; legs du comte de Chaudordy au musée des Beaux-Arts, Agen, 1899 ; entrée au musée des Beaux-Arts, Agen, 1900

Elodie Russu

Localisation

1er étage

Dernière mise à jour : 01 déc. 2020

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