Le Triomphe de Galatée
©Alban Gilbert
Le Triomphe de Galatée
©Alban Gilbert
3474

Le Triomphe de Galatée

Charles de La Fosse (Paris, 1636-1716)

Le Triomphe de Galatée, est une œuvre peinte par Charles de La Fosse (1636-1716) vers 1670. Elle appartient à la collection des ducs d'Aiguillon, saisie au château ducal en 1793. Ce tableau mythologique montre Galatée entourée de ses sœurs, les Néréides. Elle pose en triomphe étendue sur un char tandis que le géant Polyphème disparaît dans l'ombre des rochers siciliens.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste Charles de La Fosse (Paris, 1636-1716)
Titre Le Triomphe de Galatée
Date Vers 1670
Domaine Peinture
Technique Peinture à l’huile
Dimensions H. 1.04 m - L. 1.31 m -
Numéro d'inventaire 22 Ai
Sujet / Thème Mythologie, Galatée, Polyphème, Néréide, Triton, putto, mer, rocher, flûte de Pan, corail, drapé

La représentation d'un mythe de l’Antiquité classique

Dans le livre XIII des Métamorphoses d'Ovide (Ier siècle av. J.-C.), le cyclope Polyphème tombe éperdument amoureux de la nymphe Galatée, fille du dieu Nérée et de la nymphe Doris. Cependant, la nymphe lui préfère Acis, un jeune berger. Un jour, alors que Polyphème grimpe au sommet d'un rocher pour déclarer son amour accompagné d'une flûte de pan, il aperçoit Galatée avec son rival. Dans un élan de jalousie, il écrase Acis sous un rocher. Galatée fuit la Sicile en retournant dans la mer où elle est rejointe par ses sœurs, les Néréides. Ne pouvant sauver Acis, elle parvient à le transformer en un fleuve qui porte son nom.

Dans son œuvre Le Triomphe de Galatée, Charles de La Fosse choisit de représenter le mythe sous la forme d'une frise. Même si Galatée accapare toute la lumière et l'attention, la narration commence dans la partie plus sombre du tableau. Polyphème se tient encore au sommet des rochers, sa flûte de pan à la main. Son imposante musculature rappelle sa force légendaire. Fils de Poséidon et de la nymphe Thoosa, il apparaît également dans le Chant IX de L'Odyssée d'Homère, où il fait face à Ulysse. Pour autant, Charles de La Fosse le montre anéanti par la perte de l'être aimé. Son corps ploie sous la douleur alors qu'il se retient avec difficultés aux rochers. Il est séparé de Galatée par une roche gigantesque. Celle-ci joue un rôle tant symbolique que primordial dans la composition de l’épisode qu’elle divise en deux parties distinctes, dont l'opposition est renforcée par le jeu de clair-obscur. Il s'agit sans doute du rocher lancé par Polyphème pour écraser Acis, obstacle qui le séparait de Galatée. Seul un putto renversé permet de faire le lien entre les deux éléments de la frise. L’œuvre s'ouvre alors sur une seconde partie où Galatée apparaît baignée de lumière. Dans une pose alanguie, elle repose sur un char tiré par des créatures marines, entourée de putti, de ses sœurs les Néréides et de tritons. D'un geste délicat, elle vient caresser entre ses doigts le corail qui orne son diadème. Selon la tradition mythologique, le corail s'assimile au sang cristallisé, évocation du sang d'Acis que la nymphe a métamorphosé en fleuve. A travers ce geste tendre, Galatée semble revivre quelques moments partagés avec son amant : en trahissent son regard rêveur, la rougeur de ses joues et le petit sourire au coin des lèvres. La lumière éclatante révèle la blancheur de la carnation et le choix du peintre de s'aligner sur l'étymologie grecque du nom Galatée, ''d'une blancheur de lait''. Si l'influence du peintre flamand Pierre Paul Rubens (1577-1640) est perceptible à travers la touche et le travail de la lumière, le style de Charles de La Fosse se retrouve dans l'adoption d'un type féminin singulier. Ainsi, les Néréides qui entourent Galatée présentent une carnation dorée et une mine rebondie encadrée de cheveux indomptés.

Une composition triomphale

Le caractère triomphal proposé dans le titre de l’œuvre est évoqué par le char, mais aussi par le triton qui souffle dans une conque au premier plan.  La voile en arabesque qui prend place au-dessus de Galatée complète l'ensemble avec majesté. Cette composition se retrouve dès l'Antiquité dans la fresque de la Maison de Vénus (Ier siècle ap. J.-C., Pompéi) et perdure dans les différentes représentations picturales du mythe de Galatée à travers les siècles. Raphaël (1483-1520) en fait usage dans sa fresque Le Triomphe de Galatée pour la Villa Farnesina (1513, Rome). Une sœur de Galatée adopte le même geste, qui est renforcé par le mouvement du drapé gonflé par le vent. Michel II L'Aîné Corneille (1641-1708), contemporain de Charles de La Fosse, a lui aussi recours au voile en arabesque pour son tableau Acis et Galatée (vers 1688-1698, château de Versailles et Trianon, inv. MV 8374). L’œuvre Le Triomphe de Galatée ou Polyphème et Galatée (vers 1699, collection Motais de Narbonne) de Louis de Boullogne le Jeune (1654-1733) présente quant à elle des similitudes dans la composition. Outre le jeu de clair-obscur, déjà présent chez Charles de La Fosse, on retrouve la pose alanguie de Galatée ainsi que le geste du bras. Toutefois, l’étude de ce Triomphe de Galatée (musée du Louvre, inv. 24923) présente une version différente où le geste du bras se prolonge par une voile en arabesque. Enfin, Le Triomphe de Galatée conservé au musée des Beaux-Arts d'Agen n'est pas l'unique version du mythe proposé par Charles de La Fosse. Un autre tableau, un peu plus tardif, Acis et Galatée (1699-1704, musée du Prado, Madrid, Inv. Poo2251) représente le jeune couple enlacé alors que Polyphème gravit le rocher, sa flûte de pan à la main, avant de déclamer son amour.

Une histoire illustre

Le Triomphe de Galatée de Charles de La Fosse a reçu de nombreuses appellations au cours de son histoire. On le voit apparaître sous le titre de Conque d'Amphitrite en 1788 dans l'inventaire après décès d'Emmanuel-Armand du Plessis de Richelieu, duc d'Aiguillon, puis sous celui de Triomphe de Vénus sur les eaux durant l'époque révolutionnaire. Cette œuvre appartient aux collections des ducs d'Aiguillon et figure au moment de sa saisie dans la bibliothèque du château ducal. Selon Thibaut Barbier de la Serre, il est possible que le tableau ait auparavant appartenu à la collection du marquis de Richelieu avant de parvenir, par héritages successifs, aux ducs d'Aiguillon. Pendant la Révolution française, la peinture a été confisquée, parmi d'autres œuvres majeures, pour être exposée dans la galerie de la Préfecture de Lot-et-Garonne. A la suite de l'incendie de 1904, l'ensemble d’œuvres dit de la collection d'Aiguillon est déposé au musée des Beaux-Arts d'Agen où elles demeurent encore à présent.

Un peintre prestigieux

Charles de La Fosse est né en 1636 à Paris dans une famille d'orfèvres. Élève de Charles le Brun (1619-1690) dès 1654, il fait ses débuts en compagnie de son maître à la décoration du séminaire de Saint Sulpice à Paris. Avec son aide, il obtient une pension de Colbert pour aller étudier en Italie. Parti en 1658, il séjourne d'abord deux ans à Rome avant de rejoindre Venise pour une durée de trois ans. A son retour en France, il participe, toujours aux côtés de Charles le Brun, aux grands décors historiques des Tuileries (1666-1667). Il est ensuite reçu à l'Académie en 1673 avec L'enlèvement de Proserpine (Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, inv. MRA 95). Il devient très tôt un des promoteurs de Pierre Paul Rubens en France alors que l’Académie royale de peinture et de sculpture est traversée par un conflit opposant les tenants du dessin, représentés par les figures tutélaires de Raphaël et de Poussin, à ceux de la couleur, guidés par l’art de Rubens et de la peinture vénitienne. Sa renommée traverse alors la Manche jusqu'en Angleterre où Charles de La Fosse est convié par Lord Montaigu, ancien ambassadeur en France, pour la décoration de son palais, Montagu House, à Bloomsbury. La mort de Charles le Brun en 1690 marque le retour du peintre dès 1692 auprès de Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), alors devenu inspecteur général des bâtiments du roi. Dès lors, il se voit confier les décors de la chapelle des Invalides (1702-1705) et de l'abside de la chapelle de Versailles (1709). Charles de La Fosse se retire ensuite rue de Richelieu, chez le collectionneur et financier Pierre Crozat (1661-1740), où il travaille avec Antoine Watteau (1684-1721), avant d'y décéder en 1716.

Provenance

Collection du duc Emmanuel-Armand d’Aiguillon, château d’Aiguillon (Lot-et-Garonne), 1777 (?)-1788 ; collection du duc Armand-Désiré d’Aiguillon, château d’Aiguillon (bibliothèque), 1788-1792 ; saisie révolutionnaire, 1792 ; Museum de l’Ecole Centrale, ancien évêché, Agen, 1796-1803 ; Légion d’Honneur, ancien évêché, Agen, 1803-1810 ; Préfecture de Lot-et-Garonne, 1810-1905 ; dépôt de la Préfecture de Lot-et-Garonne au musée des Beaux-Arts, Agen, 1905 ; classement au titre des Monuments Historiques, 1918

Expositions

  • Au temps du Roi Soleil, la peinture en France de 1660 à 1715, Lille, Palais des Beaux-Arts, 23 février-30 avril 1968, n° 25
  • Concours régional de 1863. Exposition de peinture, d’objets d’art et d’antiquités, Halle, Agen, 1863, n° 108

Mathilde Descamps Duval

Localisation

1er étage

Dernière mise à jour : 04 déc. 2020

Mes notes

Ajouter