Flash info

Léda et le cygne
©Alban Gilbert
Léda et le cygne
©Alban Gilbert
3409

Léda et le cygne

ANTOINE CALBET (Engayrac, Lot-et-Garonne, 1860-Paris, 1944)

Léda et le cygne est une œuvre peinte par l’artiste lot-et-garonnais Antoine Calbet (1860-1944) au début du XXe siècle. L’artiste, qui s’est déjà fait connaître dans sa ville natale en réalisant le cycle pictural des Illustres de la grande salle de l’Hôtel de Ville, se confronte ici à l’illustration d’un mythe éculé, le transposant par son coloris pastel et la coiffe du modèle dans l’art moderne de la Belle Époque.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste ANTOINE CALBET (Engayrac, Lot-et-Garonne, 1860-Paris, 1944)
Titre Léda et le cygne
Date 1901
Domaine Peinture
Technique Peinture à l'huile
Dimensions H. 1.71 m - L. 0.81 m -
Numéro d'inventaire 293 P
Sujet / Thème Histoire mythologique, Léda, cygne, paysage

Le choix d'un thème traité par les plus grands peintres

Dans un format vertical, Antoine Calbet interprète Léda et le cygne, mythe grec tiré des Métamorphoses d'Ovide (Ier siècle ap. J.-C.). Fille de Thestios, roi d'Etolie, Léda est l'épouse de Tyndare, roi de Sparte. Le mythe raconte sa rencontre avec Zeus alors qu'elle se baignait nue dans une rivière. Afin de la séduire, le dieu de l'Olympe se métamorphosa en cygne et de cette union naquirent Hélène et Pollux. Le thème mythologique de l'union de Léda et Zeus a été traité par les artistes à de nombreuses reprises. Tant en peinture qu'en sculpture, il est une source constante d'inspiration, offrant la possibilité de représenter le corps féminin dans toute sa sensualité. Si on le voit apparaître sur les fresques de Pompéi (chambre, Via del Vesuvio), il connaît un certain essor depuis la Renaissance, de Léonard de Vinci (1452-1519) à François Boucher (1703-1770) puis Paul Cézanne (1839-1906) en passant par Le Corrège (1489-1534) et Véronèse (1528-1588). Choisir un thème déjà traité par les plus grands peintres n'est pas une démarche anodine. Antoine Calbet a travaillé dur pour acquérir la reconnaissance. Cette œuvre est peut-être une manière d'asseoir son statut, de s'inscrire dans la lignée des peintres les plus célèbres.

Le mythe transposé à la Belle Epoque

Le corps de profil, Léda se tient debout dans l'eau de la rivière, le regard tourné vers le cygne à ses pieds. Tout en courbes et en sensualité, le peintre joue des effets d'ombres et de lumières pour modeler le corps de la jeune femme. Ses cheveux sont relevés en un chignon qui laisse s'échapper quelques mèches finement dessinées. D'un mouvement souple, elle semble repousser doucement les avances du cygne. Celui-ci l'entoure de ses ailes déployées qui battent dans l'eau, troublant le calme de la surface. Les deux corps sont en osmose, dans un face-à-face chorégraphique. La courbe du dos de Léda épouse celle du cou du cygne tandis que son bras se prolonge par la tête de l'oiseau. Si le corps féminin est parcouru d'ombres, celui du cygne apparaît au contraire en pleine lumière, d'une blancheur éclatante et immaculée. La nature qui les entoure se teinte de couleurs pastels en dégradés de bleus, de verts et de roses, conférant à la scène charme et délicatesse. Les branchages fleuris à feuilles fines au premier plan rappellent certains motifs des estampes japonaises, très prisées à l'époque. Si la finesse du trait caractérise l'avant de la composition, l'arrière-plan semble simplement esquissé, traduisant la profondeur et l'éloignement. Le cadre resserré renforce l'intimité de la scène et la dualité des deux figures. L'échange de regard est au centre de l'attention, souligné par le mouvement du bras. La touche lisse est empreinte de délicatesse, ne laissant que quelques empâtements dans l'eau pour mieux capter la lumière. Antoine Calbet transpose le sujet à l’époque moderne : le coloris pastel évoque une des tendances les plus appréciées de l’art du XVIIIe siècle, toujours très appréciée à l’aube de la Première Guerre mondiale tandis que le modèle arbore une coiffure caractéristique de la Belle Époque. Le musée des Beaux-Arts d'Agen conserve un dessin préparatoire (Inv. 363 P) de cette œuvre, donné par l’artiste lui-même, réalisé au crayon noir sur papier brun et rehaussé de craie blanche et de pastel.

L'huile sur toile Léda et le cygne est réalisée en 1901. Deux ans plus tard, le tableau est acheté par l’État, directement à l'artiste, et mis en dépôt à Agen, territoire d'origine du peintre, à la demande du ministre de l’Instruction et des Beaux-Arts, Joseph Chaumié, agenais de naissance. Cette démarche atteste de la reconnaissance que connaît alors l’artiste.

Un artiste attaché à son territoire d'origine

Antoine Calbet est né le 16 août 1860 à Combebonnet (désormais Engayrac), en Lot-et-Garonne. Issu d'une famille modeste, ses talents de dessinateur sont remarqués par Madame de Causse alors qu'il était son ouvrier agricole. Grand observateur de la nature, il reproduit des paysages sur son carnet tout en gardant le bétail. Première mécène, Madame de Causse lui offre des cours de dessin et l'encourage ensuite à intégrer l'école des Beaux-Arts de Montpellier, ce qu'il fait vers 1873. Il devient alors l'élève d'Edouard-Antoine Marsal (1845-1929), connu pour ses peintures d'histoire et de genre, et d'Ernest Michel (1833-1902). Ce dernier lui enseigne la maîtrise des proportions humaines basée sur l'étude des modèles vivants et des sculptures antiques en ronde-bosse. En 1871, lorsque Ernest Michel est nommé conservateur du musée Fabre de Montpellier, il invite ses élèves à venir copier les œuvres. Intérieur d'église (Musée des Beaux-Arts d'Agen, inv. 114 P) est ainsi réalisé par Antoine Calbet d'après L'Abandonnée d'Octave Tassaert (1852, Musée Fabre, Montpellier, inv. 868.1.90). Ce tableau est la première œuvre connue d'Antoine Calbet. Elle est donnée par l'artiste lui-même au musée des Beaux-Arts d'Agen en 1879.

Durant tout le XIXe siècle, l'école des Beaux-Arts de Paris occupe un rôle primordial. Elle oriente le goût officiel et forme les futurs membres du jury des Salons et du Prix de Rome. Passage obligé pour tous les artistes en quête de reconnaissance, Antoine Calbet ne fait pas exception et valide avec succès les épreuves d'admission en février 1879. Un mois plus tard, le 18 mars 1879, il est reçu à l'école des Beaux-Arts et rentre dans l'atelier d'Alexandre Cabanel (1823-1889).

En mai 1881, le premier Salon de la Société des Artistes Français, qui fait suite au décret de Jules Ferry du 27 décembre 1880, ouvre ses portes au Palais des Champs Élysées. Antoine Calbet décide de proposer au jury deux portraits, tous deux acceptés. Si ce genre est parmi les plus exigeants, le peintre sait qu'il est également très demandé par le public, facilitant ainsi l'entrée au Salon. Dès lors débute la carrière parisienne de l'artiste qui se concentre sur les portraits pour asseoir sa reconnaissance tout en s'adonnant à d'autres genres et techniques. Il participe, comme d'autres artistes en vogue, à la décoration du restaurant Le Train bleu dans le hall de la gare de Lyon, à Paris. Il réalise ainsi quatre huiles marouflées sur panneau (1900), représentant les villes de Nice, Evian, Nîmes et Grenoble, qui s'inscrivent dans le vaste ensemble de quarante-et-une peintures montrant les grandes étapes parcourues par la compagnie PLM (Paris-Lyon-Méditerranée).

Néanmoins, Antoine Calbet reste très attaché à sa région natale qui a participé à son premier essor. En effet, dans une volonté de livrer à la postérité l'image des grands hommes qui ont honorés le Lot-et-Garonne, Jean-Baptiste Durand, alors maire d'Agen, envisage la réalisation de dix portraits pour orner la Salle des Illustres. Son choix se porte sur Antoine Calbet alors que l'artiste n'a que 25 ans. Convaincu du potentiel du jeune peintre, il parvient à convaincre le conseil municipal et la décision officielle est ratifiée le 3 mars 1885. Quelques années plus tard, Antoine Calbet montre de nouveau son souhait de participer à la vie culturelle et artistique de sa région. Il expose ainsi à deux reprises, 1897 et 1899, lors du Salon de la Société des Amis et des Arts d'Agen. Société fondée le 22 février 1897 afin d'encourager les progrès en arts et propager le goût à travers une exposition annuelle. On lui doit également L'allégorie de la Musique (1907) qui orne le plafond du théâtre Ducourneau d'Agen.

Nommé chevalier de la Légion d'Honneur en 1900, à la suite de la réalisation d'un panneau pour le Pavillon du ministère des colonies lors de l'Exposition Universelle de Paris, il devient Officier en 1935. Dès lors, tant sa carrière que la reconnaissance du public sont à leur apogée.

Provenance

Salon de la Société des Artistes Français, n° 370, Paris, 1901 ; achat au salon par l’Etat, 1903 ; collection publique du Fonds National d’Art Contemporain (inv. 1669) ; dépôt de l’Etat au musée des Beaux-Arts, Agen, 1903 ; transfert de propriété de l’Etat à la ville d’Agen, 2011

Expositions

Peindre au XIXe siècle en Lot-et-Garonne, église des Jacobins, Agen, 26 juin-31 octobre 2004, p. 24

Mathilde Descamps Duval

Localisation

1er étage

Dernière mise à jour : 04 déc. 2020

Mes notes

Ajouter