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L’Oued Chetma en été
©T.D. Vidal
L’Oued Chetma en été
©T.D. Vidal
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L’Oued Chetma en été

MAURICE BOMPARD (Rodez, 1857-Paris, 1936)

Originaire de Rodez, Maurice Bompard (1857-1936) est un peintre voyageur. Au cours d’un séjour dans le sud algérien, en 1890, il s’attache à représenter l’oasis de Chetma et ses habitants. L’Oued Chetma en été fait partie des œuvres que l’artiste rapporte de ce voyage.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste MAURICE BOMPARD (Rodez, 1857-Paris, 1936)
Titre L’Oued Chetma en été
Date 1890
Domaine Peinture
Technique Huile sur toile
Dimensions H. 0.9 m - L. 1.2 m -
Numéro d'inventaire 243 P
Sujet / Thème Orientalisme, ciel, désert

Une représentation réaliste du quotidien

Sous un soleil éclatant dans un ciel au bleu intense et profond, un oued asséché serpente, entrainant le spectateur dans un voyage au cœur d’une oasis.  Sur les berges du fleuve, l’œil du voyageur est attiré par les scènes de vie quotidienne. A gauche, des femmes s’affairent et se fondent dans le décor. Elles sont une présence discrète au milieu des morceaux de tissus colorés qui sèchent sur les branches de l’arbre au feuillage mousseux. L’activité humaine est quant à elle presque insignifiante. Un peu plus loin, deux silhouettes sont visibles, plus stylisées, dont l’une porte une djellaba blanche ainsi qu’une coiffe rouge.

Dans le paysage, une dualité s’opère entre le ciel d’un bleu sans nuage, et l’aridité du sol au teintes ocres, plus neutres, allant jusqu’au beige clair.

Loin de l’image d’un Orient fantasmé, Maurice Bompard dépeint avec sincérité la vie de l’oasis. Il décrit la végétation, cet oued (rivière) à sec avec ses nombreux palmiers. On peut observer les détails naturalistes et la façon dont le peintre traite plastiquement les feuilles de palmiers et la végétation, une approche qui témoigne de son sens aigu de l’observation.

Un orientalisme en vogue

Au sud-est d’Alger, Chetma est une oasis proche de Biskra, lieu de villégiature apprécié des Européens, où le peintre orientaliste français Maurice Bompard s’installe les hivers à partir de 1889. Il réalise jusqu’en 1893 des paysages animés et des scènes de genre, certains présentés au Salon, convoités par l’État et par les collectionneurs privés. Les musées de province s’enrichissent à la fin du XIXe siècle de nombreuses œuvres orientalisantes, courant artistique en vogue depuis la prise d’Alger en 1830 et le voyage d’Eugène Delacroix (1798-1863) au Maroc en 1832. De nombreux artistes sont attirés par cet « autre monde », différent par les mœurs, la religion, l’architecture, les arts décoratifs, le climat, les paysages et la lumière méridionale. Nombreux sont les artistes à venir y puiser l’inspiration avant d’exécuter leurs tableaux une fois revenus chez eux, au sein de leur atelier. Les ciels bleus envahissent les toiles, révélateurs de la « malade du bleu » relevée par Théophile Gautier. A ses débuts, ce courant inspiré de l’Orient a une fonction décorative et tend vers l’idéalisation. Il évolue ensuite vers un registre plus réaliste et social comme l’illustre d’ailleurs le travail de Maurice Bompard. Le Docteur Louis Brocq et son épouse possèdent un Anier à Biskra (1891, inv. 6 BR) et Une rue près de Biskra (1891, inv. 7 BR) qu’ils donnent au musée d’Agen en 1928, peu de temps avant le décès du médecin. Néanmoins, le couple est aussi à l’origine du don de L’Oued Chetma en été dès juillet 1901, offrant au musée l’occasion de dévoiler très tôt le talent du peintre ruthénois et de participer à l’engouement de l’œuvre de l’artiste, notamment par l’État qui faillit d’ailleurs l’acquérir au peintre, comme l’indique le Docteur Brocq lui-même dans une lettre (documentation du musée des Beaux-Arts, Agen).

Maurice Bompard : de l’orientalisme aux années vénitiennes

Pour le peintre ruthénois, l’Orient et la part de rêve qui l’entoure sont une source de création foisonnante. Formé à l’École des Beaux-Arts de Marseille, Bompard part ensuite pour Paris où il fréquente l’Académie Julian puis l’École des Beaux-Arts. Là, il devient l’élève du peintre orientaliste Gustave Boulanger (1824-1888) et du peintre d’histoire Jules Lefebvre (1834-1912). En 1882, il décroche une bourse qui lui permet d’effectuer un voyage d’étude en Espagne puis en Tunisie. Fasciné par l’exotisme des paysages, des habitants mais aussi par la lumière de l’Afrique du Nord, il n’aura de cesse de s’exiler pour nourrir sa peinture. Entre février 1889 et octobre 1893, il séjourne près de six mois par an dans le sud algérien. Après chaque voyage, il fait escale à Paris pour présenter ses œuvres au Salon et vendre ses tableaux. Dans les toiles de Bompard, la lumière des pays du Sud s’exprime dans toute sa puissance. S’il peint dans un premier temps un Orient imaginaire et fantasmagorique, il en livre ensuite une représentation plus réaliste à travers des scènes du quotidien. Plus tard, le peintre laisse de côté le thème de l’Orient sans pour autant interrompre sa quête de l’ailleurs : c’est la ville de Venise qu’il se choisira pour modèle après un voyage en 1894. Maurice Bompard expose ses travaux au Salon jusqu’à la fin de sa vie, en 1936. Il demeure essentiellement connu pour ses œuvres vénitiennes. Si ses peintures orientalistes portent la marque d’une grande originalité, elles ne constituent qu’une parenthèse dans la carrière de l’artiste. Le couple Brocq a d’ailleurs légué au musée d’Agen une Marée montante (inv. 209 BR), bien éloignée par le cadrage, le chromatisme et les effets lumineux de ses œuvres orientalisantes.

Provenance

Collection du Docteur Louis et de Marguerite Brocq, 1891 (?)-1901 ; don du Docteur Louis et Marguerite Brocq au musée des Beaux-Arts, Agen, juillet 1901 ; dépôt à la Préfecture de Lot-et-Garonne, grande salle à manger, Agen, 1948-1997 ; retour au musée des Beaux-Arts, Agen, 1997

Expositions

  • Les peintres orientalistes (1850-1914), musée des Beaux-Arts, Pau, mai-juin 1983 ; musée des Beaux-Arts, Dunkerque, juillet-août 1983 ; musée de la Chartreuse, Douai, septembre-octobre 1983
  • Maurice Bompard (1857-1935), musée Denys-Puech, Rodez, 2 février-28 février 1987
  • Maurice Bompard. Voyage en Orient, musée Denys-Puech, Rodez, 22 février-9 juin 2013 ; musée de Millau et des Grandes Causses, Millau, 13 juillet-16 novembre 2013, n° 4
  • L'appel du désert : les peintres voyageurs en Algérie 1870-1910, musée du Vieux-Château, Laval, 29 novembre 2008-1er mars 2009, ill. p.83

[Oeuvre signée et datée en bas à droite]

Localisation

2e étage

Dernière mise à jour : 04 déc. 2020

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