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Nature morte à la mésange, aux souris, aux noix, aux insectes et au vase de jasmins
©Alban Gilbert
Nature morte à la mésange, aux souris, aux noix, aux insectes et au vase de jasmins
©Alban Gilbert
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Nature morte à la mésange, aux souris, aux noix, aux insectes et au vase de jasmins

JEAN-BAPTISTE OUDRY (Paris, 1686-Beauvais, 1755)

Jean-Baptiste Oudry, fils du peintre Jacques Oudry (1720-1778) et élève de Nicolas de Largillierre (1656-1746), peint essentiellement des œuvres religieuses et des portraits, au début de sa carrière, avant de se consacrer à l’art de la nature morte où il excelle pendant trente années. Nommé « peintre ordinaire de la vénerie royale » en 1726, son art trouve en la personne du roi Louis XV, grand amateur de chasse, un de ses plus grands zélateurs. Ses premières compositions dans ce genre, en 1712-1713, attestent déjà de sa grande adresse et de son souci de se démarquer de ses prédecesseurs, développés dans cette œuvre acquise récemment par le musée.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste JEAN-BAPTISTE OUDRY (Paris, 1686-Beauvais, 1755)
Titre Nature morte à la mésange, aux souris, aux noix, aux insectes et au vase de jasmins
Date Vers 1712-1713
Domaine Peinture
Technique Huile sur toile
Dimensions H. 0.34 m - L. 0.24 m -
Numéro d'inventaire 2017.3.1
Sujet / Thème Nature morte, animaux

La beauté de l’ordinaire

Au centre du tableau, une mésange charbonnière est suspendue à un clou par la patte. Sa disposition dans l’œuvre rappelle, à quelques nuances près, celle du moineau de l’une des deux toiles du musée d’Agen, saisies en 1793 au château d’Aiguillon, avec les mêmes pattes recroquevillées (inv. 13 Ai). En bas, des souris – évoquant celle qui paraît prête à jaillir du second tableau du duc d’Aiguillon (inv. 14 Ai) – grignotent une noix sur une margelle. Autour d’elles, on distingue des déjections qui témoignent de l’attention méticuleuse portée par l’artiste au moindre détail – y compris les plus prosaïques. Contrastant avec le vase, qui lui est figé, des insectes semblent voler de part et d’autre de la mésange. Les papillons, motif commun aux trois œuvres d’Agen, sont tous de la même espèce. D’une grande finesse, cette œuvre déploie une palette de tons subtils qui permet à son auteur de dévoiler la beauté du quotidien. La grande précision du traitement des matières et du volume inscrit cette œuvre de la  jeunesse d’Oudry, empreinte de fraîcheur, dans l’art du trompe-l’œil. Sa compositon reste d’une grande simplicité : reposant sur des lignes horizontales et verticales, elle est rompue par l’introduction de diagonales formées par le duo de souris vivantes en bas à gauche, et par les branches de jasmin en bas à droite. Les natures mortes se distinguent par une touche picturale très fine, inspirée de la technique porcelainée de certaines écoles hollandaises au XVIIe siècle : le rendu lisse met en avant les détails naturalistes du plumage ou du pelage des animaux, la texture des fruits, la transparence du vase.

Variations sur un même thème

La toile Nature morte à la mésange, aux souris, aux noix, aux insectes et au vase de jasmins acquise par le musée d’Agen en 2017, s’inscrit dans un groupe de tableaux exécutés entre 1712 et 1713 dont le musée d’Agen possédait déjà deux témoignages provenant du château d’Aiguillon : Nature morte avec trois oiseaux morts, des groseilles, des cerises et des insectes (inv. 13 Ai) et Nature morte avec deux oiseaux morts, une souris et trois insectes (inv. 14 Ai). Une Nature morte avec deux oiseaux morts et des insectes, anciennement au musée des Beaux-Arts de Marseille (legs Surian, 1891, inv.n°739), fut également réalisée en 1713. De formats quasi identiques, ces quatre œuvres, qui semblent être des variations d’une seule et même scène, attestent d’une scrupuleuse observation de la nature avec une maîtrise savante de l’art du trompe-l’œil. La simplicité de la représentation de la vie quotidienne, traduite par un dépouillement extrême de la mise en page, donne l’occasion à Jean-Baptiste Oudry de manifester sa virtuosité dans le traitement des surfaces et de se mesurer, à la suite de son maître Nicolas de Largillierre, aux exploits illusionnistes des légendaires Zeuxis ou Parrhasius. Il transgresse les règles du trompe-l’œil à plus d’un titre : les insectes tournoyants et les deux rongeurs, bien vifs, dont le corps de l’un est coupé par le bord du tableau, accréditent l’évolution du genre, qui ne « trompe » plus personne.

Oudry, entre sensualité et simplicité

Jean-Baptiste Oudry suit les traces de son père, Jacques Oudry, directeur de l’Académie de Saint-Luc, ancienne corporation des peintres de Paris. Il se forme successivement dans les ateliers de Michel Serre (1658-1733) et de Nicolas de Largillierre (1656- 1746), où il copie les œuvres des écoles du Nord. D’abord peintre religieux et portraitiste, il entre à l’Académie royale de peinture et de sculpture en qualité de peintre d’histoire en 1719. Pourtant, sa renommée est surtout liée à sa production de tableaux d’animaux et de natures mortes de gibier, qu’il peint dès le début de sa carrière avec les exemples conservés dans les musées d’Agen et de Marseille. Devenu peintre des chasses royales, il reçoit des commandes émanant de toute l’Europe. Il revient à des natures mortes composées de quelques objets comme des animaux morts, à l’image du Canard blanc (disparu) en 1745, un de ses chefs-d’œuvre. L’œuvre d’Oudry tout en sensualité et en simplicité s’inscrit dans la même veine que celle de son contemporain, Jean-Siméon Chardin (1699-1779). L’équilibre formel poussé à un degré de géométrisation et à un sens du volume inconnus inspire à l’époque moderne Paul Cézanne (1839-1906), George Braque (1882-1963) et Giorgio Morandi (1890-1964).

Provenance

Collection particulière, France ; Newhouse Gallery, New York, 1995 ; vente Sotheby’s, Londres, 7 juillet 2016 ; galerie Michel Descours, Lyon, 2016-2017 ; achat par le musée des Beaux-Arts d’Agen, avec le soutien du Fonds du Patrimoine, du FRAM Nouvelle-Aquitaine (Fonds régional d’acquisition des musées) et des Amis du Musée (ARIMAGE), 2017

Expositions

Old Master Paintings – An exhibition of European Paintings from the 16th Century to the 19th, Amelis, Stockholm, 2-24 février 1995, n° 29

Localisation

1er étage

Dernière mise à jour : 04 déc. 2020

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