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Porte d’Aube
©Musée des Beaux-Arts d'Agen
Porte d’Aube
©Musée des Beaux-Arts d'Agen
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Porte d’Aube

PIERRE LÈBE (Tonneins, 1929-2008)

Juste avant sa disparition, en 2008, Pierre Lèbe offre au musée des Beaux-Arts d’Agen 79 œuvres de sa collection personnelle. Parmi elles, des pièces uniques de céramique, des tapisseries et maquettes de tapisseries, une sculpture en bronze mais aussi des dessins et autres œuvres sur papier. Porte d’Aube est une tapisserie réalisée en 1978 d’après un dessin préparatoire également conservé à Agen suite au généreux don de l’artiste.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste PIERRE LÈBE (Tonneins, 1929-2008)
Titre Porte d’Aube
Date 1978
Domaine Objets d'art
Technique Tissage de basse lice
Dimensions H. 0.99 m - L. 1.76 m -
Numéro d'inventaire 2008.2.42
Sujet / Thème Tapisserie, abstrait

Une référence à l’art de l’Extrême-Orient

Des figures noires au graphisme japonisant se déploient sur un arrière-plan uniforme de teinte beige. La disposition des figures, leurs formes éthérées associant courbes et lignes font écho au shodō (voie de l’écriture), l’art de la calligraphie japonaise. Le tracé alternant flou, finesse et épaisseur reproduit avec maîtrise et délicatesse le difficile chemin de l’écriture japonaise, véritable art de vivre, à travers cette représentation inspirée des kanji (sinogammes). L’artiste restaure avec une grande sobriété l’économie du geste du tracé des idéogrammes restituant l’un des grands principes de l’esthétique japonaise, Wabi Sabi, l’éphémère et l’imperfection. Pierre Lèbe emprunte ce titre, Porte d’Aube, glané  dans les recueils de poèmes de son ami, le poète et traducteur, Armel Guerne, qui avait écrit l’introduction et traduit le « Pays de neige » de l’écrivain japonais Yasunari Kawabata (prix Nobel de littérature en 1968). Comme dans ses dessins, l’artiste associe ici des formes abstraites et épurées à des couleurs sobres – des blancs, gris, noirs, bruns – que l’on retrouve également dans ses céramiques. Proche de la nature, celle-ci influence l’œuvre de Pierre Lèbe dans le choix des tons employés comme dans celui des matières.

La technique de la tapisserie aux effets de matière du pastel

Pour l’artiste, l’intérêt porté à la tapisserie est lié à sa pratique quotidienne du dessin et du pastel. L’envie est née de transposer dans la laine et le tissage la richesse des effets de matière du pastel. Sa démarche correspond à son désir de s’ouvrir à d’autres techniques qui pourraient enrichir sa pratique artistique.

Pour les maquettes de tapisserie, Pierre Lèbe se plaît d’abord à utiliser le pastel qui, par sa douceur, évoque la texture de la laine, puis s’essaie au crayon afin d’introduire de la couleur.

Pierre Lèbe fait tisser sa première pièce « Matin à Balangue » en 1967 chez Legoueix tout comme la tapisserie Porte d’Aube. C’est grâce à sa rencontre en 1969 avec Michel Tourlière, alors directeur de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs d’Aubusson, que Pierre Lèbe a poursuivi dans cette voie : Michel Tourlière lui a proposé de faire tisser une de ses maquettes, « Midi », en deux exemplaires dont l’un était destiné au Musée de l’Ecole d’Aubusson. Il l’a mis en relation avec les lissiers des manufactures aubussonnaises et plusieurs de ses œuvres ont été tissées dans les ateliers de Pinton, Clochard et Legoueix. Avec l’aide d’une ancienne élève de l’école d’Aubusson, Annie Clochard, il apprend toutes les possibilités qui s’offrent à lui à travers la tapisserie, réalisant lui-même ses cartons.

Ses tapisseries et dessins associent, dans des rythmes mesurés, des formes abstraites – toujours rigoureuses et épurées – et des couleurs volontairement limitées à une gamme de blancs et de tons sourds (gris, noirs, bruns, parfois relevés d’une petite touche de bleu). Couleurs apparentées à celles de ses céramiques dans une même volonté de sobriété, liée au refus de l’ornementation, du décoratif. Dans ses projets de tapisseries comme dans ses dessins, la nature et les paysages sont également au centre de ses recherches et « occupent » l’espace sereinement.

Une exploration perpétuelle des différentes formes d’expression artistique

Les recherches et la pratique artistiques de Pierre Lèbe ne se sont pas limitées aux arts du feu : ses dessins et ses tapisseries sont inséparables du reste de sa production. Il y a une grande unité dans son œuvre : céramiques, peintures, dessins, tapisseries et sculptures s’éclairent et s’enrichissent mutuellement.

Curieux et désireux de se renouveler en permanence, l’artiste s’exprime à travers des techniques variées. Il débute par le dessin, qu’il définit comme le fil conducteur de son art, avant de s’essayer à la sculpture. Pierre Lèbe privilégie très vite le travail du grès. Ses œuvres, au style dépouillé de toute ornementation, témoignent d’une influence japonaise évidente. Il connait un large succès dans les années 1960 et 1970 en tant que céramiste, notamment lors de sa collaboration avec la manufacture Virebent, dont le succès lui ouvrira les portes des grandes expositions de céramiques. Il expérimente par la suite de nouvelles formes d’expression artistique, développe la tapisserie, le bronze, ou encore la sculpture d’architecture.

Lorsque Pierre Lèbe demande son accord  à Armel Guerne pour  emprunter dans ses recueils de poèmes les titres de ses dernières tapisseries, il reçoit l’accord du poète accompagné de cette dédicace qui  résume l’œuvre de l’artiste :

« À P. Lèbe, qui tisse le même fil que moi […] cultivant le secret autour de son œuvre ».

Provenance

Collection de Pierre Lèbe, 1978-2007 ; donation de Pierre Lèbe au musée des Beaux-Arts, Agen, 1er octobre 2007 ; entrée au musée des Beaux-Arts, Agen, 27 février 2008

Expositions

Pierre Lèbe, une donation, Musée des Beaux-Arts d’Agen, 17 mai-22 septembre 2008, p.41

Localisation

2e étage

Dernière mise à jour : 04 déc. 2020

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