Portrait de Drusus Le Jeune (Drusus II), fils de Tibère
©Alban Gilbert
Portrait de Drusus Le Jeune (Drusus II), fils de Tibère
©Alban Gilbert
4013

Portrait de Drusus Le Jeune (Drusus II), fils de Tibère

ANONYME

Appartenant probablement à l’ancien fonds du musée (collection de Jean-Florimond Boudon de Saint-Amans ?), l’œuvre provient très vraisemblablement d’Agen. L’identification du personnage, appelé aussi Drusus Minor ou Drusus II, est assurée par le parallèle qu’offre une bonne trentaine d’effigies jusqu’ici attestées de ce prince, né en 15 ou 14 avant J.-C., et par le profil monétaire d’une émission datée de 22 après J.-C., année pour laquelle Drusus venait de recevoir la puissance tribunicienne qui l’associait directement à Tibère, lui octroyait des pouvoirs civils égaux aux siens et, ce faisant, levait toute ambigüité quant au nom du successeur de l’empereur (Tacite, Annales, III, 56, 2-3). Drusus mourut cependant l’année suivante, victime d’un empoisonnement suscité par Séjan.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste ANONYME
Titre Portrait de Drusus Le Jeune (Drusus II), fils de Tibère
Date Ier siècle après J.-C. (vers 19-21 après J.-C.)
Domaine Archéologie
Technique Ronde bosse
Dimensions H. 0.26 m -
Numéro d'inventaire 861.1.2 ; AVEC 8235
Sujet / Thème Portrait, homme, famille impériale

L’identification du portrait

Le profil, très caractéristique du prince (front court et bombé, lèvre inférieure rentrante et petit menton en forte saillie) ne laisse planer aucun doute sur l’identification du portrait, malheureusement hors contexte dans ce cas-ci ; sur plusieurs autres sites, en effet, l’effigie de Drusus est asociée à celle de Germanicus (dont il était devenu le frère adoptif, depuis l’adoption de Tibère par Auguste en l’an 4 de notre ère) et figure, à ce titre, parmi les membres de la famille impériale (domus Augusta) dans les groupes statuaires érigés durant le règne de Tibère. Les succès militaires et/ou diplomatiques de Germanicus en Germanie et de Drusus en Illyrie valurent aux deux princes de se voir ériger en 18, par décret du Sénat, un arc triomphal de chaque côté du temple de Mars Ultor sur le Forum d’Augute, et réserver une ovation à leur retour à Rome, ovation que la mort de Germanicus, en 19, et le deuil qui s’ensuivit, retardèrent d’une année pour Drusus. Consul pour la deuxième fois en 21, chargé des affaires courantes et des dossiers les plus importants par suite de la retraite de Tibère en Campanie dès le début de cette même année, le fils de Tibère reçut l’hommage des différentes provinces de l’Empire tout au long du règne de son père, mais plus particulièrement encore au cours de ces cinq années qui vont du décret sénatorial de l’an 18 à son décès en 23, ainsi qu’en témoignent inscriptions honorifiques et effigies du prince découvertes en Italie, en Grèce, en Asie Mineure, en Syrie, dans la péninsule Ibérique, dans les Gaules et en Afrique du Nord.

Étapes successives d’une carrière et types iconographiques

Légèrement modifiée pour suivre l’évolution biologique du jeune prince puis de l’adulte devenu « co-régent » de l’empereur, l’iconographie des portraits officiels de Drusus peut être subdivisée en quatre types succesifs entre 4 et 23 après J.-C.. Aux premiers exemplaires où il porte encore la barbula – la toute première barbe, que les jeunes gens rasaient au moment de la puberté, ou de leur mariage – font suite trois séries d’œuvres qui se distinguent par le mouvement et l’ordonnancement même des mèches de cheveux de la frange frontale, ou par la représentation très nette d’un front qui se dégarnit au-dessus des tempes sur les derniers portraits. La frange frontale peignée de la gauche vers la droite rapproche la tête d’Agen d’un magnifique exemplaire du Louvre (MA 1240), provenant de Tusculum, au visage cependant plus fin, aux yeux moins ouverts, mais relevant d’un même modèle (en allemand, « Urbild »). Ces derniers traits, comme le peu de soin apporté au dessin des mèches (indépendamment d’un état de conservation beaucoup plus dégradé que le portrait parisien) sur le dessus du crâne et sur les côtés, trahissent sans doute un atelier local dont le praticien a fidèlement reproduit les grandes lignes, mais plus sommairement les détails du modèle.

Il n’est pas inutile de rappeler que, dans cette même province d’Aquitaine, à Saintes, chef-lieu des Santons (Mediolanum Santonum), un arc fut élevé à Tibère, Germanicus et Drusus en 1819 et qu’il devait être couronné par les statues de l’empereur et de ses « co-régents ». Agen, la civitas Nitiobrogum, avait vraisemblablement honoré les trois hommes vers le même moment, puisque c’est des années 19-21 que le parallèle du Louvre et quelques autres exemplaires du même type invitent à dater le portrait de l’ancienne collection Boudon de Saint-Amans, avant que n’apparaisse, en 21, puis en 22-23, à l’occasion de l’accès de Drusus à de nouvelles charges dans l’Empire, de nouveaux types inconographiques plus conformes à l’âge qu’il avait alors.

Bibliographie

MOMMEJA 1909, p. 46-47, n° 32 (sans doute une des deux têtes citées) ; ESPERANDIEU 1908, p. 462, n° 1713, fig. (à l’époque, montée sur la statue de togatus acéphale découverte entre Brax et Sérignac) ; CAG ; ROSSO 2006, pp. 215-217, n° 21 (fig. 17 et bibliographie erronées, concernant un portrait iconographiquement très proche mis au jour à Castelculier).

Jean-Charles Balty, historien de l’Antiquité romaine, Émérite de Sorbonne Université, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

Localisation

Rez-de-chaussée

Dernière mise à jour : 02 déc. 2022

Mes notes

Ajouter