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Profil de femme
©Didier Veysset
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Profil de femme

GREGORIO DI LORENZO (Florence, vers 1436-1504)

Longtemps donné à Mino da Fiesole (1429-1484) ce Profil de femme a été attribué à Gregorio di Lorenzo suite aux recherches récentes menées par l’italien Alfredo Bellandi. S’inspirant des médailles et monnaies antiques, ce bas-relief s’inscrit pleinement dans l’esprit humaniste et la mode florentine de l’époque, à l’œuvre aussi bien en sculpture qu’en peinture.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste GREGORIO DI LORENZO (Florence, vers 1436-1504)
Titre Profil de femme
Date Vers 1465-1475
Domaine Non renseignée
Technique Taille, bas-relief, haut-relief
Dimensions H. 0.38 m - L. 0.32 m -
Numéro d'inventaire 10S
Sujet / Thème Portrait

Un portrait de femme en buste caractéristique du Quattrocento italien

Ce portrait féminin, dont l’identité du modèle demeure inconnue, s’inscrit dans un style caractéristique de la mode florentine de la deuxième moitié du XVe siècle. Traité de profil, tourné vers la droite, il s’inspire des médailles et des monnaies antiques, à la base de la redécouverte de l’Antiquité, que les collectionneurs et numismates s’évertuent alors à réunir. Le travail du sculpteur s’applique à rendre la finesse dans le traitement des détails et dans le polissage du marbre. Le bandeau qui retient les cheveux relevés du modèle contribue à la mise en valeur de son front, comme le voulait alors la mode de l’époque. Il souligne l’oreille droite, qu’il est pourtant censé voiler en partie, dans un jeu de transparence savoureux. Ce portrait participe d’une mode des profils féminins, de la Vénitie au royaume de Naples, où sculpteurs et peintres s’influencent mutuellement. Ainsi, l’œuvre de Gregorio di Lorenzo rappelle les portraits de femmes peints vers 1465-1475 par Antonio Pollaiolo (1429-1498), reconnaissables par le recours à un profil idéalisé, un front dégagé, la manche apparente brodée de fleurs héraldiques et des parures dans la chevelure (Gemäldgalerie, Berlin, inv.1614 ; Museo Poldi Pezzoli, Milan, inv.0442). L’artiste puise aussi ses références chez les sculpteurs florentins à l’œuvre à la même époque : la fleur de chardon dans un cartouche festonné qui décore la manche du modèle se retrouve sur le relief féminin exécuté vers 1460 par Mino da Fiesole (1429-1484), conservé au musée du Bargello, à Florence (inv.72). Il est le reflet du dynamisme des ateliers florentins de broderie et de soie qui culmine avec l’apparition de ce motif.

Le probable témoignage d’un décor sculpté humaniste

La Renaissance italienne qui éclot à Florence trouve son origine et ses premières grandes œuvres dans le domaine de la sculpture. Les chanceliers florentins, qui dirigent l’administration de la ville, sont des lettrés qui ont un intérêt tout particulier pour la culture de l’Antiquité grecque et romaine et souhaitent mettre en avant « la liberté florentine ». Les sculptures réalisées alors incarnent véritablement cette idée de la liberté humaniste qui trouve sa source dans l’étude des auteurs classiques. Desidero da Settignano (v. 1430-1464) est à l’origine du portrait en relief à l’antique qui rencontre un très grand succès. Influencé par Donatello (v. 1386-1466), il conserve de ce dernier le goût pour l’expressivité et pour la représentation de la jeunesse et réalise des portraits sculptés au-dessous des épaules à l’image du bas-relief agenais exécuté par celui qui fut son élève. Il codifie dès 1455 pour la famille Médicis la série des Douze Césars, en hommage aux biographies du latin Suétone, et produit ensuite des ensembles de profils des empereurs romains et des grandes dames de l’Antiquité pour des commanditaires éclairés, inspirant dès lors Mino da Fiesole et Gregorio di Lorenzo. Dispersés dans différents musées et collections privées, ces portraits faciles à transporter, traités essentiellement en marbre et en pietra serena, sont destinés à véhiculer une image sophistiquée de l’antique et sont insérés dans des décors intérieurs ou extérieurs prévus à cet effet. Cette production sérielle suggère l’insertion du portrait d’Agen au sein d’un emseble plus vaste malheureusement méconnu. Il peut être mis en relation avec le profil dit d’une impératrice, présenté sur le marché de l’art parisien en 2019 (galerie Brimo de Laroussilhe), qui comporte un motif de palmette sur l’épaule et un traitement raffiné de l’oreille très proches.

Une œuvre entourée de mystère

Ce bas-relief aurait été découvert dans un champ dépendant de la terre de Frank, dans la commune de Colayrac-Saint-Cirq (Lot-et-Garonne) ou, selon d’autres sources, non loin des ruines du château des évêques d’Agen, à Bazens. Or, trois membres de la puissante famille italienne des della Rovere se succèdent sur le trône épiscopal entre 1478 et 1538, suivis, après un court interlude, du poète Matteo Bandello et de Janus Frégose, réfugiés au château de Bazens après l’assassinat de César Frégose, allié de la France. L’existence d’une colonie italienne expliquerait la découverte du bas-relief dans l’Agenais. A la fin du XIXe siècle, Louis Gonse, spécialiste de la sculpture italienne Renaissance, attribue au sculpteur italien Mino da Fiesole le relief d’Agen par comparaison avec un portrait du musée de Bargello à Florence (inv.72) qui porte, sur l’épaule gauche, un emblème héraldique analogue à celui que l’on peut voir ici sur le vêtement. Or, contrairement à l’œuvre d’Agen, le relief du Bargello est signé en italien « Et moi de Mino j’ai reçu la lumière », ce qui ne laisse aucun doute sur son attribution. Placé parmi les chefs-d’œuvre du musée dans une publication du conservateur Jules Momméja (1904), les recherches menées par l’Italien Alfredo Bellandi  ont permis de faire le lien entre l’artiste Gregorio di Lorenzo et l’œuvre d’Agen mais aussi certaines œuvres anonymes jusque-là regroupées sous le nom de convention « Maître des Madones de marbre ». Né à Florence vers 1436, l’artiste travaille dans l’atelier de son maître, Desiderio da Settignano (vers 1430-1464), à partir de  1455. En 1461, Gregorio di Lorenzo crée son propre atelier de sculpture sur la piazza San Giovanni de Florence et reçoit, dès lors, des commandes émanant de puissants mécènes comme celle du lavabo en marbre et en pierre commandé par Cosimo de Medici pour la Badia de Fiesole. Gregorio di Lorenzo exécute aussi deux séries de portraits de profil pour les cours de Naples et de Ferrare. Un portrait présumé de Lucrezia Tornabuoni, pouvant être rapproché du bas-relief d’Agen mais à la posture singulière de trois-quarts, est conservé au musée Granet à Aix-en-Provence (inv. 860.1.927).

Provenance

Découvert à Colayrac-Saint-Cirq (terre de Frank) ou à Bazens, Lot-et-Garonne, avant 1881 ; collection de Mademoiselle de Rissan, avant 1881 ; achat par souscription de la Société Académique à Mademoiselle de Rissan, 1881 ; don de la Société Académique d’Agen au musée des Beaux-Arts, Agen, 1881

Expositions

  • Les réserves : tout un monde, Agen, Musée des Beaux-Arts, Espace-Église des Jacobins, Agen, 27 janvier-21 avril 2008
  • De l’art italien de Cimabue à Tiepolo, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris, Paris, 1er mai-30 juin 1935

Localisation

1er étage

Dernière mise à jour : 04 déc. 2020

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