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Vierge de Pitié
©Didier Veysset
Vierge de Pitié
©Didier Veysset
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Vierge de Pitié

ANONYME

La Vierge de Piété de l’église d’Aubiac, en dépôt au musée d’Agen depuis 1978, est un des très rares éléments mobiliers réalisés avant les guerres de religion qui nous soient parvenus, rescapé des destructions iconoclastes protestantes puis révolutionnaires. Par son iconographie, elle témoigne du succès des thèmes issus de la Passion du Christ à la fin du Moyen Âge.

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste ANONYME
Titre Vierge de Pitié
Date Fin du XVe siècle-Début du XVIe siècle
Domaine Sculpture
Technique Bois polychrome
Dimensions H. 0.77 m - L. 0.44 m -
Numéro d'inventaire D. 1978.1.1
Sujet / Thème Vierge de Pitié, Christ

La Vierge de Pitié : une iconographie très en vogue

La Vierge de Pitié représente la Mater dolorosa, Vierge pleurant la mort de son fils qu’elle tient sur ses genoux après la Descente de la Croix. Cet épisode se situe entre la Crucifixion et la Mise au tombeau. Il ne faut pas la confondre avec la Déploration sur le corps du Christ où s'ajoutent d’autres personnages dont saint Jean et sainte Marie-Madeleine. Ce thème est apparu au XIVe siècle dans les pays germaniques et plus spécifiquement au sein des monastères féminins où l'on vénère le Christ souffrant et sa mère, la Vierge de miséricorde. On parle alors de Pietà Vesperbild, c'est-à-dire une image de dévotion pour l’office des vêpres. Les moniales sont alors invitées à méditer sur les scènes de la Passion, souvent peintes sur les murs des églises. Par la suite, ce thème iconographique se répand dans toute l’Europe en adoptant une large variété d’attitudes et de postures, devenant un des grands sujets de la sculpture européenne du XVe siècle et du début du XVIe siècle. La première occurrence avérée en France, à la fin du XIVe ou début du XVe siècle, la Vierge de Pitié sculptée par Claus Sluter (1340-1405) pour la nécropole des ducs de Bourgogne, la chartreuse de Champmol (Dijon), a disparu. Ce succès est à replacer dans le contexte de la devotio moderna, courant de pensée originaire des anciens Pays-Bas qui vise à vivre au plus près des différents épisodes de la vie et de la Passion du Christ. La représentation de la Vierge de Piété incite le fidèle à participer à l’affliction de cette mère portant son fils mort sur ses genoux.

Une œuvre devenue un unicum dans l’Agenais

La Vierge Marie, assise, tient sur ses genoux le corps du Christ, tout juste descendu de la croix. Elle le présente, retenant la tête, couronnée d’épines, et le bras gauche, légèrement penché vers le fidèle. Le bras droit, quant à lui, tombe mollement. Le groupe s’inscrit dans une composition verticale, avec les jambes du Christ repliées quasiment perpendiculairement le long de la robe de la Vierge. Celle-ci a les yeux tournés vers la dépouille de son fils, les paupières baissées, l’air tétanisé et abasourdi par la réalité violente. Cette douleur intériorisée lui confère dignité et résignation, dans l’acceptation de son destin. Elle porte une robe ample à plis en tablier, une guimpe, voile de cou porté par les religieuses, et une superposition de voiles, qui augmente maladroitement la taille du crâne. Les souffrances du Christ sont visibles à travers les stigmates et la plaie du côté. Loin d'être une représentation sanglante ou dramatique, c'est la douceur d'un moment d'intimité mère-fils qui est capturée ici.

Si le corps du Christ a été entièrement décapé, les vêtements de la Vierge portent en revanche d’amples traces de polychromie ancienne dont il est difficile de savoir sans analyses scientifiques s’il s’agit des couleurs originelles. Les plaquages laissent apparaître plusieurs couches de peintures et des traces de dorure. Le rouge et le bleu constituent à la fin du Moyen Âge et sous la Renaissance les couleurs caractéristiques de la Vierge, la première symbolisant l’image de la royauté temporelle et le bleu l’incarnation de la divinité céleste.

Cette œuvre, qui peut paraître fruste dans son exécution, est caractéristique des sculptures de qualité courante réalisées en masse pour les églises. De taille modeste, plate à l’arrière, elle est vraisemblablement destinée à orner un autel ou un petit enfeu. De telles œuvres sont devenues très rares dans l’Agenais en raison des destructions perpétrées par les protestants pendant les guerres de religion, puis avec la vague iconoclaste pendant la Révolution française. Il est donc difficile de la rattacher à un corpus précis d’autant plus que la sculpture de la fin du Moyen Âge dans le Sud-Ouest n’a pas encore fait l’objet de synthèses et d’études régionales. Néanmoins, l’étude générale de William H. Forsyth (The Pietà in French Late Gothic Sculpture : regional variations, The Metropolitan Museum of Art, New York, 1995) invite à circonscrire des traits iconographiques qu’elle partage avec d’autres œuvres proches de l’Agenais, comme la Vierge de Pitié, dite Notre-Dame de Lamboulari, à l’abbaye Saint-Pierre de Moissac (Tarn-et-Garonne) où on retrouve le Christ penché vers nous, le bras droit ballant, le visage de la Vierge tourné vers lui. Si, comme à Aubiac, elle tient la tête du Christ de la main droite, en revanche sa main gauche retient son fils au niveau du ventre. Les jambes du Christ ne sont pas complètement perpendiculaires au corps.  Les autres Vierges de Pitié conservées dans la région et datant de cette période se distinguent par le corps quasi allongé du Christ sur les genoux de sa mère en prière, les mains jointes, de cette dernière, comme à l’hôpital de Bazas (Gironde).

Sa destination originelle

La Vierge de Pitié a été retrouvée avant 1959 dans la tour occidentale de l’église Notre-Dame d’Aubiac (Lot-et-Garonne) et déposée au musée des Beaux-Arts d’Agen par mesure de sécurité en 1978. Elle a parfois été rapprochée avec le décor d’une chapelle de Notre-Dame de Pietat, fondée par un des seigneurs d’Aubiac, Odet de Goulard, vers 1491, et constituerait le seul vestige de cet ensemble après un incendie survenu en 1793. Toutefois, cette hypothèse ne peut être corroborée s’agissant d’un thème iconographique fort récurrent à l’époque.

Il n’en reste pas moins que cette œuvre, très modeste, constitue un des seuls témoignages émouvants de la statuaire en bois des périodes médiévale et Renaissance dans ce territoire tampon, épicentre de bien des conflits de l’histoire nationale. 

Provenance

Classée au titre des Monuments Historiques, 17 juillet 1959 ; dépôt de la commune d’Aubiac au musée des Beaux-Arts, Agen, 1978

Expositions

  • Art sacré en Agenais, musée des Beaux-Arts, Agen, 1959, n° 21
  • Agen médiéval. De la cité des martyrs à la république communale, Espace-Église des Jacobins, Agen, 7 juillet-18 novembre 2018, n° 50

Localisation

Rez-de-chaussée

Dernière mise à jour : 13 nov. 2020

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