Rêveries carcérales au siècle des Lumières

Retour sur Rêveries carcérales au siècle des Lumières, une exposition qui s’est tenue du 23 août 2017 au 13 novembre 2018 au musée des Beaux-Arts d’Agen (salle Idrac).

Rêveries carcérales au siècle des Lumières

Consciente du poids de l’histoire carcérale encore palpable dans ses murs, l’équipe du musée des Beaux-Arts a souhaité profiter de l’installation de l’exposition d’Arnaud Théval, L’œilleton inversé, la prison vidée et ses bleus (24 juin-30 novembre 2017) à l’Espace-Église des Jacobins, pour s’interroger sur la notion d’enfermement et mettre en valeur les importants témoignages encore existants de son ancienne affectation.

C’est en 1767 que la municipalité d’Agen acquiert l’hôtel de Vaurs, contigu à l’hôtel d’Estrades, alors siège du pouvoir communal, pour se doter d’un bâtiment dédié aux prisons. Ce souci est bien une constante du siècle des Lumières. En effet, le XVIIIe siècle connaît une émulation entre philosophes, lettrés, notables et artistes à propos des conditions des individus. L’enfermement est au cœur des réflexions sur la condition humaine, le désir d’égalité et d’une plus grande justice, vecteurs du sentiment d’appartenir désormais à une nation. La prison devient un sujet à part entière. Sujet de débats d’abord, inauguré avec les passages qu’y consacre Montesquieu dans L’Esprit des lois, qui se concrétise par de nombreux projets de prisons idéales, aérées, fonctionnelles et hygiénistes. Mais aussi sujet de prédilection des artistes, les peintres et les graveurs en tête. Néanmoins, un graveur se détache notablement en délivrant une série d’eaux-fortes montrant de vastes espaces fermés, bouchés par des arches, barrés par des escaliers sans début ni fin, scandés par des cordes. Ils sont le reflet, extrêmement moderne, des méandres de l’âme humaine où la petitesse de personnages représentés donne un sentiment de déséquilibre, de malaise, de chute vertigineuse. On sait que Goya, si présent au musée, avec cinq tableaux légués en 1899 par le comte de Chaudordy, s’est beaucoup inspiré des gravures de Piranèse, très proches de sa propre réflexion sur la condition humaine. Les visages de ses personnes paraissent aussi perdus que les figures qui errent dans ce circuit fermé constitué par le monde irréel des prisons piranésiennes. Les prisonniers, esseulés et désespérés, sont, dans le même temps, jugés dignes d’intérêt et les artistes s’y intéressent, privilégiant d’abord des personnages historiques avant d’élargir la représentation aux anonymes. Un très beau tableau de scène de prison, repéré dans les réserves du musée au moment de la préparation de l’exposition et restauré pour l’occasion, traduit cet engouement artistique européen.

Pour cette exposition, le musée de Gajac de Villeneuve-sur-Lot a prêté 21 œuvres réalisées par Piranèse. Le Centre de Conservation et Restauration du Patrimoine Artistique de Gaillac a quant à lui pris en charge les travaux de restauration sur le tableau redécouvert. Cette Scène de prison, qui a interpelé les quelques spécialistes qui ont déjà eu le plaisir de la découvrir et l’étudier, est toujours en quête d’auteur, aujourd’hui.

Dernière mise à jour : 06 mai 2021

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