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L’offrande des pains
©Musée des Beaux-Arts d'Agen
L’offrande des pains
©Musée des Beaux-Arts d'Agen
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L’offrande des pains

PIERRE SUBLEYRAS (Saint-Gilles-du-Gard, 1699-Rome, 1749)

L’offrande des pains est une étude préalable d’un tableau de grande ampleur de Pierre Subleyras, la Messe de saint Basile, réalisé par l’artiste à la demande du pape Benoît XIV entre 1743 et 1747. Destiné à la basilique Saint-Pierre, où il a depuis été remplacé par sa traduction en mosaïque, il est désormais visible à Sainte-Marie-des-Anges (Rome).

Détails

Fiche technique de l'oeuvre
Artiste PIERRE SUBLEYRAS (Saint-Gilles-du-Gard, 1699-Rome, 1749)
Titre L’offrande des pains
Date Vers 1747
Domaine Peinture
Technique Huile sur toile
Dimensions H. 0.72 m - L. 0.59 m -
Numéro d'inventaire 22P
Sujet / Thème Religion, messe, diacre, pain

Une étude préparatoire

L’offrande des pains est une étude pour la Messe de saint Basile, œuvre monumentale peinte entre 1743 et 1747 pour la basilique Saint-Pierre de Rome. Elle témoigne du sens du rythme et de l’équilibre que Pierre Subleyras donne habituellement à ses groupes. Un habile jeu de contrepoints fait de cette composition pyramidale, a priori banale, un chef-d’œuvre de simplicité. Le peintre y oppose la verticalité de la robe blanche du diacre, refusant de bénir les pains, à la courbe du dos d’un robuste serviteur présentant, avec un jeune homme, les pains. Outre sa verticalité, c'est aussi sa stabilité qui contraste avec le déséquilibre des deux autres figures. L'enfant décolle son talon gauche du sol en posant le genou droit sur la marche tandis que l'homme est lui aussi en position instable. Ce dynamisme est renforcé par les effets des drapés. L'habit bleu de l’enfant agenouillé accentue le mouvement du corps et contraste fortement avec la draperie rouge qui cascade.

L’œuvre d’Agen correspond à un détail – inférieur gauche – du tableau intitulé la Messe de saint Basile dont une version est visible au musée du Louvre. Avant de peindre la Messe de saint Basile de Rome, Subleyras réalise plusieurs esquisses préparatoires dont la première fut probablement la composition d’ensemble conservée au musée du Louvre (inv. 8004). Sur la gauche de ce tableau, est effectivement représenté le même groupe de trois personnages que l’on observe sur le tableau d’Agen. Si le peintre décide finalement de conserver les porteurs de pains, il modifie la position du diacre afin de mettre davantage en lumière saint Basile disant sa messe. C’est avant de faire ce choix que Subleyras réalise une étude de détail du groupe : la version d’Agen, qu’il peint lui-même, mais aussi deux autres exemplaires qui reviennent à son atelier, dont l’un est aujourd’hui conservé à l’Akademia de Vienne (inv. Nr. 1463). Par la difformité des pains, l’absence de vigueur dans les plis des vêtements, l’imprécision des profils, cette copie semble en effet bien éloignée de la délicatesse d’exécution de Subleyras. Deux études préparant les figures de Diacre portant un chandelier et Diacre portant un calice sont conservées au musée des Beaux-Arts d’Orléans (inv. 808 et 809).

La Messe de saint Basile, une œuvre monumentale destinée à la basilique Saint-Pierre de Rome

Dès 1740, le pape Benoît XIV et son secrétaire d’État, le cardinal Valenti Gonzaga, songent à Subleyras pour la réalisation d’un grand tableau destiné à la basilique Saint-Pierre de Rome. Avant 1743, le peintre réalise les esquisses du Martyre de saint Pierre (première moitié du XVIIIe siècle, Musée du Louvre, inv. 8003) et de la Messe de saint Basile. Si le premier thème lui sied davantage, il doit se résigner à peindre le second afin de remplacer un tableau du même sujet de Girolamo Muziano (1532-1592), dégradé par l’humidité de la basilique. Subleyras supplie le Pape et obtient finalement son accord pour la réalisation de l’œuvre, le 29 août 1743. Empêché par un état de santé en déclin et accablé de commandes, il n’achève son immense tableau – déplacé en 1752 à Sainte-Marie-des-Anges (Rome) pour des raisons de conservation – qu’en 1747. Parallèlement, la Messe de saint Basile est traduite en mosaïque afin de remplacer l’œuvre originale que l’on souhaite, là encore, préserver de l’humidité. Le tableau traite un sujet rare. L’un des quatre pères de l’Église grecque, saint Basile, résistait à l’empereur Valens qui professait l’arianisme. Le jour de l’Épiphanie, l’Empereur se rendit à la messe célébrée par le futur saint. Le spectacle lui fit une telle impression qu’il en défaillit. C’est ce moment que représente Subleyras : sur la gauche du tableau, des serviteurs apportent les offrandes impériales alors que Valens, ébloui par la messe, vacille, rattrapé par ses gardes. Pour représenter ce sujet rarement abordé en peinture, Subleyras se serait inspiré de la composition de Girolamo Muziano mais aussi d’un récit de Grégoire de Nazianze, Discours funèbre en l’honneur du Grand Basile ou encore d’un dessin de Luigi Vanvitelli (1700-1773), conservé au Museo di San Martino de Naples. Malgré la grande finesse de l’exécution et la puissance de sa composition, la Messe de saint Basile n’emporte pas complètement l’adhésion de la critique du fait de ce sujet, peu traité et donc difficilement lisible.

Subleyras, peintre admiré à Rome… et dans le Sud-Ouest

Né dans le Gard, Pierre Subleyras signe toute sa vie « Subleyras d’Uzès » en hommage à ses racines. Initié à la peinture par son père, c’est auprès d’Antoine Rivalz (1667-1735), à Toulouse, que l’artiste se forme à partir de 1717. En 1726, il commence à suivre les cours de l’Académie Royale de Paris mais part deux ans plus tard pour Rome où il fait toute sa carrière. Son style sévère séduit l’aristocratie romaine ainsi que le Pape, Benoît XIV. Avec la Messe de saint Basile, Subleyras est même le seul artiste français à recevoir une commande pour la basilique Saint-Pierre de Rome. Devenu peintre romain à part entière, il épouse une femme-artiste, Maria Felicia Tibaldi (1707-1770). Leur fille devient à son tour une miniaturiste très appréciée. Alors qu’il reçoit encore de nombreuses commandes, Subleyras meurt de la tuberculose en 1749, âgé de seulement 50 ans. La renommée de l’artiste est restée vivace autour de Toulouse, grâce aux décors réalisés durant son apprentissage chez Rivalz et aux amitiés entretenues toute sa vie avec certains artistes de la ville. L’étude du musée d’Agen elle-même provient des saisies révolutionnaires dans les maisons ecclésiastiques, et vraisemblablement de l’évêché, sans doute apportée pendant l’épiscopat de Mgr de Chabannes, entre 1735 et 1767, ou celui de son successeur, Mgr d’Usson de Bonnac, entre 1768 et son départ en émigration.

Provenance

Saisie révolutionnaire du clergé, vraisemblablement évêché d’Agen, 1792 ; Museum de l’École Centrale, ancien évêché, Agen, 1796-1803 ; Légion d’Honneur, ancien évêché, Agen, 1803-1810 ; Préfecture de Lot-et-Garonne, 1810-1843 ; don de la Préfecture de Lot-et-Garonne au musée d’Agen (Hôtel de Ville), 1843 ; exposé au Concours régional comme œuvre du musée d’Agen, 1863 ; classement au titre des Monuments Historiques, 1918

Expositions

  • Subleyras - 1699-1749, Musée du Luxembourg, Paris, 20 février-26 avril 1987 ; Villa Médicis, Rome, 18 mai-19 juillet 1987, n° 122
  • L’Italie des peintres, Musée des Augustins, Toulouse, 1954-1955, n° 94
  • Concours régional de 1863. Exposition de peinture, d’objets d’art et d’antiquités, Halle, Agen, 1863, n° 6 (cat. p. 2)

Localisation

1er étage

Dernière mise à jour : 23 Nov 2020

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